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Boomer du mois : Michel Legault vient de sortir Amour.com, une caricature des agences virtuelles Version imprimable
Par Carole Le May   
05-06-2007

Un petit bijou de livre que vous dévorerez tellement Max est un personnage attachant qui nous livre ses tribulations amoureuses de façon fort humoristique. Après avoir fréquenté les sites de rencontre sur Internet durant quelques temps, Michel Legault, rédacteur en chef du magazine Bien grandir et ancien journaliste à la Presse, au Devoir et à Québec Science, nous décrit avec une plume enchanteresse dans Amour.com ce phénomène social qui prend de plus en plus d’ampleur.

Selon le sondage Léger Marketing de 2005, ce nouveau type de rencontres, toucherait au Québec jusqu’à 16% des internautes âgées de 45 et 54 ans. Il y aurait également 10% des 55-64 ans qui auraient utilisé ce médium électronique afin de réaliser des rencontres virtuelles.

Cité Boomers (CB) : Est-ce que ce sont vos expériences personnelles sur les sites de rencontres qui vous ont amené à écrire ce livre ou bien est-ce votre désir d’écrire un livre sur le sujet qui vous a entraîné à fréquenter ces agences virtuelles ?
Michel Legault (ML) : Un peu des deux, mais initialement je dois dire que c’est une démarche personnelle qui fut à l’origine du projet. Je sortais d’une séparation et j’avais le désir de revivre une expérience heureuse avec une femme. Connaissant plusieurs personnes qui ont trouvé l’amour par ce biais, j’ai donc voulu y jeter un coup d’œil malgré tous les préjugés que j’avais à ce sujet.

CB : Quel était votre but en écrivant ce roman ?
ML :
Je n’ai pas voulu faire une enquête. Je désirais simplement raconter une histoire dans laquelle beaucoup de gens vont se reconnaître tout en parlant d’un phénomène social qui prend beaucoup d’ampleur actuellement. Je souhaitais également mettre à nu plusieurs stéréotypes, tel que la dépendance, la solitude mais aussi l’espoir qu’engendre ce genre de réseaux auprès des milliers de personnes.

CB : Selon votre livre, l’expérience a été concluante à quelques reprises ?
ML :
Oui, on peut toujours trouver ce qu’on cherche dans ces lieux virtuels. Il y a beaucoup de personnes intéressantes qui font des recherches sérieuses et même si ça n’a pas été nécessairement concluant à chaque fois, j’ai toujours obtenu une foule de réponses à mes questions qui m’ont bien informé sur le sujet. J’ai donc pu recueillir jusqu’à une quarantaine de témoignages très utiles suffisamment explicites pour nourrir mon imaginaire contribuant ainsi à créer plusieurs anecdotes du roman.

CB : Que pensez-vous de ce nouveau type de rencontres ?
ML :
Il y a des avantages et des inconvénients aux relations virtuelles qui s’exercent en quelque sorte dans un contexte « concentré » en raison de leur côté instantané. Les rapports s’y font donc sur un mode nettement plus accéléré que dans la réalité. L’Internet est un médium si facilitant, qu’il est devenu la marieuse d’autrefois. L’offre de service est devenue en peu de temps une business à haut rendement particulièrement diversifiée avec plus de 87 sites ne serait-ce que pour le Québec, sans compter tous les blogues, les sites de chats, les centres de loisirs possédant également presque tous un centre de rencontre sur leurs sites. Plusieurs d’entre eux sont personnalisés afin de mieux répondre aux besoins spécifiques de leur clientèle.

CB : Parlez-nous de votre théorie du processus de séduction inversé.
ML :
Dans la vie de tous les jours, les rencontres se font au hasard des coïncidences. Lorsque la magie s’opère, c’est possiblement parce que soit nous nous sentons bien ce jour-là, soit nous sommes dans une excellente disponibilité. Si par miracle l’autre jouit des mêmes circonstances favorables alors une suite peut se produire. Il faut donc nécessairement que l’on se rencontre dans des conditions permettant un terrain suffisamment fertile pour faire naître des échanges enrichissants tel une graine, prenant le temps de germer en nous. Le désir petit à petit finit par constituer un nid douillet que l’on souhaite par la suite partager avec l’autre. La partie rationnelle en nous joue toute une autre paire de manche lorsqu’on ignore l’âge, le poids et les loisirs de l’autre.

Or les clubs de rencontres électroniques fonctionnent justement sur la base même de ces critères. Tu rencontres la personne sur des points accessoires tout en recherchant le profil parfait. Un peu comme si l’amour se « fichait ».

CB : Vous racontez dans votre livre que la plupart du temps, les gens se décrivent futilement et sous un emballage lustré et bien garni de multiples qualités. Pouvez expliquer ?
ML :
Effectivement, on ne retrouve pas souvent des profils affichants des critères moins reluisants. Les sites sont un grand marché à ciel ouvert où on peut magasiner et où tous y offrent la meilleure image de soi. Qu’il s’agisse de l’opinion qu’ils ont vraiment d’eux-mêmes ou encore de celle qu’ils veulent refléter cela n’en reste pas moins, bien souvent un jeu dangereux de faux miroirs.

CB : Dans quel sens ?
ML :
C’est que devant tout cet étalage de qualités et devant un si grand choix bâti sur le tape à l’œil, on est porté continuellement à chercher mieux. Cette recherche de l’idéal équivaut en fin de compte à une forme de dépendance que j’ai pu constater en retournant sur certains sites après quatre années d’absence. Plusieurs anciens visages étaient toujours à la recherche soit d’un partenaire idéal ou presque désillusionné de ne pouvoir trouver mieux.

CB : Malgré tout ce choix accessible pour trouver l’âme sœur, celle-ci semble-t-elle de plus en plus difficile à trouver ?
ML :
Effectivement, car il manque un ingrédient essentiel aux rencontres virtuelles. Il s’agit de l’intimité. J’entends par là, la capacité d’entrer réellement en relation, car même si nous nous livrons facilement dans nos échanges électroniques, ceux-ci sont hélas trop souvent empreints d’une fausse intimité. Celle-ci est limitée à l’aspect instantané qui ne respecte pas les étapes requises pour créer une véritable chimie entre deux êtres.

CB : Alors le Web serait responsable de cette difficulté à trouver ?
ML :
Je ne suis pas certain, je pense que cela fait partie d’un nouveau courant de la société dont les relations sont consommables plus rapidement. Et ce phénomène ne touche pas seulement une génération, car 41 % des femmes entre 18 à 34 ans ont essayé ces échanges virtuels.

Si on examine le taux d’utilisation des sites de rencontre, ce sont les jeunes femmes de 34 ans et moins qui utilisent le plus ce médium, selon le sondage Léger Marketing de 2005. Pourtant, il s’agit de la catégorie étant la plus susceptible de trouver facilement un compagnon. Actuellement, passé cet âge, il semble que l’intérêt décline pour ce genre de rencontres. Par contre, comme les plus jeunes ont pris l’habitude de ce type de magasinage, elles conserveront ce mode de recherche lorsqu’elles vieilliront.

ML : Est-ce que les relations rencontrées par Internet auraient autant de chance d’offrir de la stabilité que celles en dehors des sites ?
ML :
Une psychologue québécoise a étudié 292 personnes qui ont rencontré un conjoint par le biais du net et d’après sa recherche moins de deux ans plus tard, 59 % d’entre eux sont toujours en couple. Par contre, le pourcentage serait sensiblement le même pour les couples formés en dehors des sites de rencontre.

CB : Avez-vous le projet d’écrire un deuxième roman ?
ML :
Certainement, Amour.com aura une suite. Max poursuivra sa quête puisqu’il continue d’être célibataire. C’est un grand romantique, à l’image de son auteur, convaincu de l’existence de l’amour véritable et unique. Toutefois, dans le deuxième roman, il choisira d’y relater de nouvelles aventures hors des sentiers de l’Internet. D’autres avenues tel que les clubs sportifs entre autres seront susceptibles de réserver de très belles surprises. La sortie de cette deuxième œuvre est prévue pour le début de 2008.

Amou.com est paru aux Éditions Guy Saint-Jean Éditeur.

Crédit photo : Brian Ypperciel

 

 

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