Bicyclette et Méditation
Par Lise Brodeur   
17-01-2007

On peut se demander ce que la méditation vient faire avec la bicyclette. C’est le titre qui m’est venu lorsque j’ai eu l’idée de rédiger ce texte. J’imaginais les poètes, les artistes, les penseurs, les réflexifs chevauchant leur bicyclette, à l’occasion, avec fière allure.

Pourquoi ? À cause de l’expérience de solitude en même temps que du bien-être qu’on ressent, parfois, lorsqu’on se promène en bicyclette le long d’un cours d’eau. Avez-vous déjà goûté ces instants au moins une fois ?

On se dandine sur sa bécane, sans but précis, lentement, tout en admirant le paysage ou l’environnement. Puis doucement, plus de contrainte, plus de tension ; sans le chercher, sans aucun effort, une légère euphorie nous envahit. On sent un lien des plus étroits avec la nature, de plus en plus précis quoique assez ténu.

On prend son temps, on prend le temps. Enfin, on est dans le temps. On se permet de voir, de vibrer, de sentir, on se permet d’observer les choses, la vie ; on se permet de vivre. Un contact se fait, tout naturellement, sans contrainte nous enlevant des limites, des engagements, les obligations de telle ou telle chose ; en se laissant la pleine liberté, quoi !

On est entré dans un état un peu plus léger que l’état de conscience ordinaire, quotidien. La différence est très mince, à peine perceptible mais elle est là. On se laisse envahir par un bien-être, une paix ; très doucement un silence s’instaure malgré les bruits de fond. Un silence se fait avec les oiseaux qui chantent, avec les autres cyclistes, avec les gens qui se promènent lentement, nonchalamment. Pus loin, avec la jeune femme qui pousse un carrosse. Derrière, assis sur un banc vermoulu qui s’intègre au paysage, avec le vieux monsieur lisant un journal. Sur le vert, deux jeunes enfants se poursuivent, se chamaillent, s’amusent, vivent.

Cet état peut rester longtemps ; parfois. Et l’on devient plus attentif à tout ce qui se passe, à tout ce qui entre dans notre champ de conscience, sans effort aucun. Très légèrement, on poursuit sa route, on a tout son temps. Ou bien on s’arrête ; on fait une pause ; une fleur nous appelle pour nous offrir son parfum. Le chant ou plumage d’un oiseau attire notre attention. Une odeur, le vent, la beauté se perçoivent ; ou tout simplement, sans raison, on décide d’arrêter, de faire la pause.

Ce sont des moments privilégiés par un bel après-midi, lorsque les autres travaillent. Les parcs sont plus paisibles, appellent notre besoin de paix de relaxation, de réflexion. Et sans hâte aucune, après un moment, on reprend sa route. On colle à sa bécane ; elle devient une amie. On se laisse diriger, guider par un instinct qui tend à s’exprimer dans cet état de liberté qui se développe, qui peut s’affirmer. On devient alors observateur, juste le témoin des gestes, des actions qui se jouent par-devers soi et par-devers les autres. Tout est harmonieux, sans lendemain seulement le moment qui se vit, qui nous fait vivre enfin dans la pleine mesure des choses et de la terre.

Puis l’on reprend sa place ou bien ce qu’on en croit dans notre gentille conscience bien ordinaire. L’heure du souper approche ; une course à faire qu’on avait planifiée la veille. Un ami, peut-être, qui nous attend sur une terrasse, quelque part près du béton ou du vert de la rue Saint-Denis ou d’un coin d’ailleurs. Mais tout de même, ça valait la peine cette randonnée improvisée, solitaire. Notre super bécane, superbe dans l’usure et dans la vieillesse, nous véhicule toujours, nous transporte ; nous transforme si l’on veut bien se laisser faire. Nous conduit à nos retours ou à nos amours, placide, pleine de bonne volonté, selon l’humeur du propriétaire ou de son temps, ou de son état d’être.

Puis on débarque, on l’accroche à un parcomètre ou à réverbère, pas encore allumé. On l’oublie. Elle a rempli sa tâche pour aujourd’hui.

On se presse à nouveau. On oublie.

Plus tard, un autre moment comme celui-ci, peut-être, nous fera vibrer…